Potosi est la ville de plus de 100000 habitants la plus haute du monde, à près de 4300m. Sa fondation par les espagnols est due à la présence de la montagne qui la domine, connue pour être le plus fabuleux gisement d’argent de la planète. A son apogée, au XVIème siècle, Potosi était une ville plus peuplée que la plupart des capitales européennes.
Le trajet pour s’y rendre depuis Uyuni doit normalement durer 6h. C’est sans compter sur une crevaison du bus qui nécessite un premier arrêt mécanique, puis sur une panne qui survient lors du passage d’une côte assez raide. Le bus cale simplement et refuse de redémarrer. Durant une heure, les gars s’affairent au niveau du moteur. Certains d’entre nous restent dans le bus, d’autres prennent l’air. Tout à coup les portes se ferment, le bus se met en mouvement…en marche arrière. Une vague de panique parcours les occupants du bus. Le bus prend de la vitesse en dévalant la pente. On voit le ravin se rapprocher. Le chauffeur enclenche alors une vitesse, le bus est pris de soubresauts puis, après quelques toussotements, démarre enfin. Ouf! Il recule encore de quelques centaines de mètres jusqu’à une section de route moins raide. Là, il s’arrête puis repart en avant à l’assaut de la côte. Pris dans son élan, il dépasse les passagers restés au bord de la route pour aller s’arrêter en haut de la côte, un petit km plus loin. Il va falloir marcher les gars!
Il nous faut deux taxis pour nous amener au centre ville: nous sommes neuf: six français: Claire, Steph, Eric, Loic et nous, et trois suisses: Yan Kim, Quentin, et Yvonne. Sur les conseils de Pierre et Anne, croisés en Argentine, on se rend au Carlos V, pas le niveau de chez George, mais très agréable quand même. Un grand patio sous une verrière autour duquel sont organisées les chambres, distribuées de petites coursives, et au milieu, une mezzanine qui nous permet de faire de grandes tablées. On passe là trois jours très agréables tous ensemble. La journée ceux qui veulent faire des visites se regroupent, le soir, les filles se lancent dans une compétition à qui fera le meilleur repas. Elo gagne bien sûr. On fête là les 27 ans d’Eric lors d’une soirée qui se finira dans une étrange boite bolivienne…
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On fait un tour à la Moneda, impressionnant édifice de brique et de pierre où était frappée à l’époque la monnaie, et on va se baigner dans un petit lac d’eau chaude naturelle à quelques km dans la campagne. La ville elle-même est pleine de charme avec ses petites ruelles pavées et son ambiance tranquille.
Mais la visite la plus marquante du séjour restera celle des mines. On est ici très très loin de l’exploitation ultramoderne que l’on a pu voir à Calama au Chili. Notre guide est un ancien mineur reconverti. Il nous fournit des bottes, une combinaison « anti taches », des casques et des frontales. On quitte la ville en camionnette en direction de la montagne. Cette dernière dresse sa belle silhouette conique au-dessus de la ville. D’étranges nuances de couleurs sur ses flancs semblent annoncer sa richesse en minéraux. A mi-hauteur, on traverse les bâtiments de « l’exploitation » jusqu’à l’une des entrées de la mine. Cinq siècles d’exploitation ont transformé la montagne en un immense gruyère, avec plus d’une quinzaine de niveaux. On se contentera d’en parcourir deux. On s’enfonce dans l’obscurité. Le plafond est bas, il faut souvent se baisser et l’on comprend vite l’utilité du casque qui nous évitera à maintes reprisse de nous cogner aux épaisses poutres de bois qui le soutiennent. On patauge souvent dans une petite couche de boue. Parfois, on croise un mineur que notre guide interpelle pour nous le présenter. Parmi eux, un gamin de douze ans qui ramène du matériel à ses ainés, au fond. Le deal implicite entre mineurs et touristes: ils nous font partager leur expérience, on leur apporte de quoi la leur faciliter un peu: feuilles de coca, bouteilles de soda, cahiers et stylo pour leurs gosses, bâtons de dynamite… Certaines filles ne nous ont pas accompagné de crainte d’un côté trop voyeuriste. Nous ne le ressentons pas: les mineurs sont contents de notre présence, ravis de répondre aux questions du guide et carrément fiers de leur travail ici bas. Même s’il est très difficile, cela leur offre un revenu bien supérieur à la moyenne du pays. Au fond d’une galerie, nous arrivons devant une statue: un diable aux yeux brillants, effrayant! Le guide nous explique que les espagnols, alors qu’ils faisant mourir les indiens par milliers dans les mines, ont inventés cette histoire de diable au cœur de la montagne pour expliquer la détérioration de santé rapide des mineurs. « Si vous mourrez ce n’est pas à cause de la mine, c’est le diable ! »… Le diable s’est peu à peu transformé en dieu de la montagne qu’il faut vénérer pour qu’il fasse apparaitre les minéraux précieux, fruit de son accouplement avec la terre mère, Pachamama. On fait un petit rituel en récitant une prière accompagnée d’une gorgée d’alcool à 96%… La statue à bien sûr aussi droit à sa petite goute. Le guide est vraiment bien, il nous raconte ses histoires en jouant la comédie, imitant tantôt les espagnols, tantôt les mineurs.
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On continue à s’enfoncer vers le cœur de la montagne, là où ça se passe vraiment. Certains passages sont vraiment exigües: il faut se glisser à genou, descendre des échelles suspendues au dessus du vide entres deux parois rocheuses. La forme des galeries suit celles des filons, irrégulière, accidentée. Parfois, on se retrouve dans de très hautes cavités. Dans un petit coin, deux mineurs indépendants font une pause. La joue gonflé de coca, ils nous racontent qu’après cinq ans de travail pour la coopérative, qui gère les infrastructures, rails, conduits d’air et d’électricité, ils sont libres de travailler à leur compte, dans une section qui leur est attribuée, en reversant 10% de leur revenus à la coopérative. La dynamite qu’on leur apporte tombe bien: on descend de quelques dizaines de mètres dans une galerie récente. Un trou est fait dans la paroi, à un endroits stratégique par rapport à la veine d’argent que l’on devine. La dynamite est introduite. Une fois la mèche allumée on a cinq minute pour se mettre à l’abri. On ne traine pas! Une fois en lieu sur, à cent mètres de là, on attend. Quand la détonation se fait entendre, l’onde de choc qui secoue la montagne fait naitre en nous un frisson. On ne retournera pas sur le lieu de l’explosion: trop de poussière, trop dangereux.
Plus on descend, plus il fait chaud, jusqu‘à 35°. Par endroit, l’air est en plus chargé de poussières ce qui, avec l’altitude, rend la respiration vraiment difficile. Dans une des galeries principales, qui n’est pas haute de plafond pour autant, nous arrivons derrière des chariots qui sont en train d’être chargés à partir de galeries supérieures. Il faut faire marche arrière jusqu’à une intersection pour laisser passer les chariots. A notre hauteurs, les gars s’arrêtent pour récolter quelques cadeaux. Ils demandent des volontaires pour pousser le wagonnet: Eric et moi s’y collons volontiers. Le chariot fait plus de deux tonnes. Deux mineurs le tirent avec des cordes, nous sommes derrière. C’est très dur. Il faut chaud, on est plié en deux dans des galeries à peine assez hautes pour laisser passer le chariot, les pieds dans la boue…à bout de souffle. Enfin, on arrive à un élargissement où le contenu du charriot est déversé. Il faut ensuite le pelleter dans des grosses cuves qui sont treuillées vers des galeries supérieures à travers un conduit vertical. Là aussi, on met la main à la pâte. Un travail infernal. L’effort n’aura pas duré plus de quinze minutes, mais on est complètement en sueur, épuisés. Les mineurs, eux, font ça pendant des années.
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| Yan Kim, Romain, Quentin, Eric, Steph, Claire, Yvonne et nous |